Nicolas Sarkozy a annoncé aujourd'hui au Creusot (Saône-et-Loire), la construction à venir d'un nouveau réacteur nucléaire de troisième génération EPR (European Pressurised water Reactor), développé par le leader du nucléaire Areva, qui viendrait s'ajouter à celui de Flamanville (Manche), dont la construction a démarré en décembre 2007 pour une mise en service prévue en 2012 mais qui connaît des difficultés.
Pétrole cher
Dans un discours consacré à la fin annoncée du pétrole, à la transition énergétique et au maintien d'une industrie puissante en France, le président a réitéré ses préoccupations en matière énergétique passant, selon lui, par «une expansion du nucléaire».
Nicolas Sarkozy a expliqué que l'actuelle flambée des prix du pétrole ne s'arrêterait pas compte tenu de capacités de production insuffisantes pour répondre à la demande et des spéculations sur les marchés à terme pétroliers. Il a déclaré que l'ère du pétrole bon marché était bel et bien finie, soulignant la nécessité pour la France de continuer à développer son secteur nucléaire civil.
Le chef de l'Etat a par ailleurs rendu hommage à Charles de Gaulle, qui avait décidé dans les années 60 d'investir massivement dans l'énergie nucléaire pour produire l'électricité dont la France a besoin.
Pour autant le broker Dexia, contacté par Easybourse, n’est pas en accord avec l’urgence énergétique utilisée comme argument au lancement de ce projet et rappelle qu’EDF juge suffisant le parc énergétique actuel. Cela n'empêche que le PDG de l'électricien, Pierre Gadonneix, «se réjouit de l'annonce» faite par Nicolas Sarkozy et EDF «est prêt à répondre à cette demande», a déclaré la porte-parole d'EDF.
L’analyste de chez Dexia, Dieter Furniere, admet néanmoins que l’opération est intéressante sur le long terme d'un point de vue stratégique.
Selon lui, au vu des préoccupations énergétiques de demain, ce nouveau projet serait bénéfique pour le secteur français de l’énergie (Areva, Alstom, Bouygues, EDF et Suez-GDF).
Ce secteur a d'abord besoin de maîtriser cette nouvelle technologie avant de l'exporter massivement vers l’Asie et le Moyen-Orient.
Sarkozy, VRP de luxe Dieter Furniere signifie le rôle très important du président français, qualifié de «the best sell person», dans la promotion de l’industrie énergétique française à l'étranger, rappelant les derniers contrats décrocher par le chef d'Etat en matiére de nucléaire civil.
Fin novembre, Areva a notamment vendu deux réacteurs EPR à la Chine pour un montant de 8 milliards d'euros avec le combustible, le plus gros contrat de l'histoire du nucléaire civil.
Nicolas Sakozy, lors de son allocution a lui-même insisté sur le rôle important de l'Etat s'agissant de sociétés appartenant à des secteurs stratégiques. Le locataire de l'Elysée voit pour la France un avenir en tant centre de formation mondial de référence pour les ingénieurs étrangers.
Le chef de l'Etat a rappelé que la France est un des rares pays à maîtriser toute la filière nucléaire. «Il a donc une responsabilité particulière, et une opportunité exceptionnelle, dans le nouveau contexte énergétique mondial», a-t-il souligné.
EDF ne part pas favori
Si aucun candidat à la construction de la nouvelle centrale EPR en France n'a pas encore été désigné, Dieter Furniere estime que ce contrat serait pour Suez-GDF une vraie opportunité plus que pour EDF -qui a l'avantage d'être l'exploitant de la premiére centrale- en cela que le futur nouveau groupe entend devenir constructeur et exploitant de centrale nucléaire à l’horizon 2015-2020.
La construction de l'EPR apporterait à Suez-GDF l’expérience nécessaire pour se positionner en tant qu’acteur important sur le marché de l’énergie, souligne l’analyste. En plus, Suez fait valoir qu'il a déjà conclu en janvier un partenariat avec Areva et le groupe pétrolier français Total pour proposer deux EPR aux Emirats Arabes Unis, qu'il a embauché 700 ingénieurs du secteur en 2007 et qu'il prévoit d'en embaucher 700 autres.
Selon Colette Lewiner du cabinet Cap Gemini, EDF «n'est pas très allant» pour construire un deuxième EPR car il «doit d'abord améliorer la disponibilité de ses réacteurs» actuels, dont le taux d'utilisation a chuté à 80,2% en 2007, contre 90% pour Suez.
Il n'empêche qu'EDF n'est pas prêt à laisser gracieusement sa place à Suez-GDF et estime «dispose[r] [...] de sites potentiels d'implantation, des compétences reconnues de ses salariés et de l'expérience nécessaire après avoir engagé la construction de l'EPR de Flamanville».
An. R.