La majeure partie des donateurs de la Fondation de France -une institution privée qui subventionne des associations locales sur des problématiques telles que la santé, l’environnement ou la culture- sont issus de la génération 68, qui représente plus de 10% de la population et qui se trouve au cœur du système de la générosité en France. A travers cette étude, les interventions de Francis Charhon, Muriel Humbertjean et Odon Vallet permettent de mieux comprendre les réelles motivations des plus de 55 ans, en matière de générosité.
Une «génération stratégique pour le don»
L’enquête a été menée du 22 au 26 février 2006, auprès de 336 personnes représentatives des Français âgés de 55 à 65 ans. Commentés par Muriel Humbertjean, les résultats montrent, de façon explicite, que les papy-boomers se sentent privilégiés, par rapport à leurs prédécesseurs, tout en comprenant et en s’investissant pour la bonne santé de la société actuelle.
Selon Francis Charhon, «cette génération est stratégique pour le don». Pour Muriel Humbertjean, elle «est paradoxale». Sa réputation égoïste, gagnée sur les bancs de la Golden Attitude, n’apparaît pas fondée. 58% des 55-65 ans, sont des donateurs, c’est dix points de mieux que la population totale et dans la CSP+, ils sont 72 %. Mais, ils veulent du concret.
Pour la directrice adjointe de Sofres, «l’effet générationnel s’est un peu estompé avec l’âge». En tant que génération déclencheuse des mutations de la société, elle n’a pas oublié ses idéaux, mais sa critique sociale du capitalisme et du don a changé avec le temps. Aujourd’hui, ce qui cristallise le plus les attentes des 55-65 ans, c’est le social et la santé. Ils sont 71% à être sensible à la justice, aux causes sociales, et à la protection des droits de l’individu, contre seulement 29% dans les années 60-70. En matière de santé, leurs préoccupations augmentent, logiquement avec l’âge, de 13%, par rapport à leur opinion en 60-70.
Pour Odon Vallet, qui a créé sa fondation en 1999, «c’est très cohérent». Lui-même, issu d’une famille modeste, dont le père a travaillé dans les assurances et a réussi, a eu envie de faire profiter de son héritage aux étudiants d’origines étrangères, en difficultés financières, mais pas intellectuelles.
Depuis près de dix ans, il remet aux meilleurs lauréats des écoles d’art du Bénin et du Vietnam, de 900 à 2 000 bourses par an. «Pour être opérationnel dans le don», déclare-t-il, «il faut être à la fois détective (pour détecter les fausses demandes), adjudant (ferme et précis), et enseignant (assurer le relais sur le terrain)». C’est en main propre, que cet historien et enseignant en droit, diplômé Sciences Po, va remettre les bourses.
«Générosité encadrée»
Cette volonté de bien faire caractérise la personnalité des soixante-huitards. Selon Francis Charhon, cette génération est pratique, «elle ne donne pas si on essaye de la faire pleurer». Elle fonde sa générosité sur ce qu’elle voit, plutôt que sur ce qu’elle ressent.
87% des personnes interrogées et 90% des donateurs souhaitent que les personnes aidées participent activement à l’élaboration du projet. C’est pourquoi, ils sont aussi plus intéressés par des projets de petites dimensions, qui les motivent à 52%, et par des actions qui porteront leurs fruits dans le temps, pour 67% d’entre eux.
Les interviewés rejoignent parfaitement les valeurs de la Fondation de France, qui ont pour objectif, selon Odile De Laurens, responsable de l’observatoire de la fondation, «de remettre les personnes aidées en tant qu’acteurs de la société, et non de les assister». Avec 610 créations actives et 500 000 donateurs privés, celle-ci se félicité d’abriter entièrement les projets de ses membres, c’est-à-dire de les accompagner administrativement.
Patrice Alain