Le groupe français est aux anges. Considéré il y a quelques jours par la presse russe comme un outsider dans la course à la prise de participation dans Avtovaz, Renault est devenu samedi le héros de la saga et a ouvert avec celui-ci une nouvelle page de son histoire et de celle du fabricant russe.
Renault préféré à Fiat et à General Motors au bout de deux ans
Qui est Avtovaz ? Le fabricant mythique de la Lada et le premier constructeur russe, mais de plus en plus à la traîne des groupes des pays industrialisés en termes de capacité technologique, financière et sur le plan des idées.
Le russe s’est mis à la recherche d’un partenaire qui lui insufflerait un nouveau souffle, une quête qui l’a mené tout droit à l’étranger. Et à retenir trois valeurs sûres de l’automobile, l’américain GM, l’italien Fiat et le français Renault.
Trois concurrents, un seul gagnant : le français, qui samedi a signé le fameux contrat de prise de participation de près de 25% dans le russe avec l’entreprise publique Russian Technologies, principal actionnaire actuel du constructeur russe, clôturant ainsi une bataille de près de deux ans.
Ce dernier a vendu à Renault une partie de sa participation, 25%, soit une minorité de blocage et n’exclut pas d’en céder encore. Puis au premier semestre 2008, une holding commune et paritaire entre Russian Technologies et Renault devrait être créée.
Une affaire longue et difficile sur lequel Renault ne veut pas revenir et dont son PDG ne veut pas révéler le montant de la transaction. Le chef de l’entreprise russe actionnaire majoritaire est vague : «Ils nous en ont donné un prix juste».
D’après les calculs de Bloomberg, la part de 25% dans le russe vaudrait 1,36 milliard de dollars (928 millions d'euros) à déduire des 5,44 milliards de dollars (3,71 milliards d'euros) de valorisation de la société.
Duo gagnant : le numéro deux français s’allie au numéro un russe
Le deal conclu entre le français et le russe consiste d’abord à «localiser» la production de modèles Renault et Nissan dans Avtovaz, a expliqué le PDG de Renault, Carlos Ghosn samedi depuis le siège social du russe à Togliatti. Il ne s’agit pas d’une délocalisation, mais d’une localisation de l’activité hors de l’Hexagone dans un pays dont les coûts de production sont inférieurs à ceux de la France. Le français veut surtout développer la production locale de la Logan.
Une opération doublement utile au français d’après Yelena Sakhnova, analyste à la Deutsche Bank à Moscou, interrogée par Bloomberg : «Renault est pratiquement en train d’acheter une part de marché en s’adjoignant des capacités de production supplémentaires».
Mais également au russe puisque «Avtovaz a besoin de nouvelles technologies». En effet, le russe a fait appel à une entreprise étrangère, qui soit en mesure d’apporter du sang frais dans une entreprise en perte de vitesse sur le plan des idées et des modèles. Car hors de la Lada, point de salut.
Renault rentre dans Avtovaz et s’installe plus avant en Russie
Une entrée peut en cacher une autre. Le français rentre non seulement dans une entreprise mythique mais se positionne également sur le marché russe, le marché le plus prometteur des prochaines années.
Quant à Avtovaz, il veut tout simplement renouer avec la croissance et avec le succès. Le président du conseil d'administration Sergej Tschemesow explique que la production annuelle doit augmenter et devrait atteindre 1,5 million d’unités très rapidement.
Un défi ambitieux par rapport aux 472 000 voitures produites par le russe en 9 mois, 900 000 sur l’année, d’après M. Tschemesow. Une ambition qui porterait les parts de marché du russe de 30% à 40%.
Produire plus, produire mieux, c’est-à-dire des voitures plus techniques et d’un meilleur rapport qualité-prix à destination des pays d’Europe centrale et orientale. Ce qui intéresse Renault c’est avant tout de développer une nouvelle Lada pour les PECO, à l’instar de l’acquisition par Renault du constructeur roumain Dacia.
Le marché russe est également le marché sur lequel Renault peut écouler ses modèles. Déjà, la Logan est la deuxième voiture étrangère la plus vendue en Russie, derrière la Ford Focus
Thierry Moulonguet, directeur financier de l'automobiliste français, parle de la Russie comme d’un «marché crucial pour Renault». La Russie est l’eldorado pour tous les constructeurs automobiles.
Renault n’est pas le seul à vouloir faire de la Russie le principal débouché de sa production future. Outre ses deux concurrents américain et italien, les allemands s’organisent et placent leurs pions sur ce marché immense et en plein développement comme VW, qui a récemment installé sa propre usine à Kaluga au sud de Moscou. La France n’est pas absente et le concurrent de Renault, le français PSA devrait choisir un site ce mois-ci.
La Russie est le marché le plus prometteur au monde en termes de débouchés : cette année 2,5 millions de véhicules devraient être achetés et vendus, bientôt et d’ici à 2011 ce devrait être 3,3 millions soit le plus important marché en Europe et 4 millions en 2015, d’après M. Moulonguet.
Carlos Ghosn en est bien conscient : «Le marché russe va continuer à se développer dans les années à venir et pour longtemps», explique le PDG du numéro deux française en téléconférénce depuis la Russie.
Avec cet accord, Carlos Ghosn garde non seulement une longueur d'avance sur PSA Peugeot-Citroën toujours absent de la Russie mais il se donne un peu plus les moyens de réaliser les objectifs du plan Renault Contrat 2009 : vendre 800 000 véhicules de plus qu'en 2005, soit 3,3 millions de véhicules chaque année à partir de 2009.
A la bourse, le titre réagit timidement à ce qui apparait comme une grande nouvelle pour Renault. Le titre prend 0,70% à 99,70 euros.
Laure Gaillard