Citigroup ne sera pas sauvé du marasme dans lequel l’a plongé la crise de cet été, par un fonds 100% américain sous la houlette du Trésor américain, comme cela avait été proposé dans un premier temps, mais par un investisseur venu des contrées du Moyen-Orient, de ce petit mais puissant royaume que sont les Emirats Arabes Unis.
Une bénédiction pour une banque qui a la tête sous l’eau depuis cet été
Qui est cet investisseur qui parie sur une des banques les plus durement touchées par la crise ? Le «plus grand fonds d'investissement souverain du monde», l'Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) . Si celui-ci est aussi puissant, c’est parce qu’il gère l'excédent des revenus pétroliers de l'émirat d'Abou Dhabi, sixième plus grand exportateur de pétrole du monde.
Citigroup, dans un communiqué diffusé après la clôture de Wall Street lundi soir, a précisé qu'il vendait au fonds ADIA pour 7,5 milliards de dollars (5,05 milliards d'euros) de titres convertibles en actions ordinaires, à un prix situé dans une fourchette de 31,83 à 37,24 dollars par titre. Citigroup a cependant pris ses précautions vis-à-vis de cet investisseur étranger, et a assuré qu'aux termes de l'accord conclu, le fonds n'aurait pas de droits spéciaux, pas de rôle dans la gouvernance du groupe ni de contrôle sur ses choix stratégiques. ADIA, notamment, n'aura pas le droit de désigner de membre du conseil d'administration. L'opération devrait être achevée d'ici quelques jours, a ajouté Citigroup.
Quel intérêt pour Adia ? Investir intelligement en faisant le pari d’une renaissance de la banque qui était, avant la crise de cet été, la première banque mondiale, et escomptait des bénéfices futurs. Le président du fonds, Sheikh Ahmed Bein Zayed Al Nahayan, a déclaré qu'il considérait Citigroup «comme une entreprise de haute réputation dans la finance, avec une marque de premier rang et d'énormes opportunités de croissance». Par ailleurs, le fonds de l’émirat gère des actifs équivalant à 650 milliards de dollars (437,7 milliards d'euros), d’après le fonds Standard Chartered.
Citigroup se redresse et envoie un signal encourageant aux autres banques
Un cadeau tombé du ciel ? Presque. La banque pouvait difficilement refuser après les temps durs et l’absence de sortie de crise. La banque est désormais en mesure de relever le niveau de ses fonds propres après les lourdes pertes sur créances enregistrées depuis cet été et qui ont abouti au départ de son patron, Charles Prince.
L'analyste Meredith Whitney, de CIBC World Markets, écrivait encore, le 31 octobre, que Citigroup serait peut-être contrainte de diminuer son dividende pour reconstituer les 30 milliards de dollars (quelque 20 milliards d'euros) de fonds propres qu'elle jugeait nécessaires pour assainir la situation du géant bancaire américain.
Une crise financière qui n’en finissait pas de plomber le groupe avec départs de dirigeants, suppressions d’emploi, pertes colossales et chute de l’action. L'action Citigroup avait fini, lundi, en recul de 6%, à 29,80 dollars, à New York, son niveau le plus bas en clôture depuis plus de cinq ans. Depuis mi-octobre, l'action Citigroup a perdu 30%.
Citigroup devrait pouvoir remonter la pente d’après Win Bischoff, patron de la banque par intérim dans l’attente d’un successeur de Charles Prince : «Cet investissement, réalisé par l'un des premiers et des plus perfectionnés des investisseurs mondiaux, fournit à Citi davantage de capitaux pour lui permettre de chercher des opportunités attractives afin de faire croître son activité».
Les nouvelles perspectives de Citigroup, plutôt encourageantes, peuvent-elles être généralisées à l’ensemble des acteurs bancaires ? Des analystes estiment que l'injection massive réalisée par ADIA dans Citigroup pourrait signifier que la chute libre des valeurs financières américaines à Wall Street va bientôt s'arrêter. Exemple : Bo Brownstein, analyste chez Cambiar Investors, a salué favorablement cet investissement, estimant qu'il pourrait mettre fin à la chute libre des valeurs financières à Wall Street : «Citi est une grosse boîte, elle est très observée et quand on a confiance en elle, ça signifie quelque chose» pour l'ensemble du compartiment boursier, a-t-il expliqué.
Laure Gaillard